Lorsqu’on parle de la crise humanitaire en RDC, c’est essentiellement au niveau de l’exploitation illégale des ressources naturelles et les conséquences qui s’en suivent. Plusieurs États et acteurs internationaux y participent activement. Nous avons notamment les États rwandais, ougandais, zimbabwéen et l’État congolais même (qui bénéficient tous de la bénédiction de la communauté internationale). Les acteurs impliqués de chaque pays se sont constitués en « réseau d’élites », rassemblant un petit noyau de dirigeants politiques et militaires, d’hommes d’affaires, et, dans les zones occupées, de certains chefs rebelles et administrateurs.
Chaque réseau se partage des zones d’exploitation à l’intérieur du pays, où ils y ont instauré une économie de guerre. Ainsi, ils instrumentalisent et influencent les différentes milices (« groupes rebelles ») œuvrant à l’intérieur du pays, en les armant, les formant et en leur donnant du soutient stratégique. Ce faisant, ils assurent la viabilité de leurs activités économiques : exploitation des ressources naturelles, détournement de recettes fiscales ou encore création de sociétés écrans.
En plus des réseaux d’élites, plusieurs entreprises multinationales participent à cette exploitation. En effet, certaines d’entre-elles fomentent les chefs rebelles (instrumentalisés par les réseaux d’élites) pour avoir un accès aux ressources dans les zones occupées. Même si le gouvernement central donne des permis d’extraction minière aux entreprises, dans les régions contrôlées par des forces armées, les compagnies doivent négocier avec les leaders de ces groupes et établir des partenariats avec ces derniers pour avoir accès aux ressources. Ces pratiques commerciales violent plusieurs droits de la personne étant donné que la nature des activités minières et des processus d’exportation vont à l’encontre des codes de conduite internationaux. Lors de son rapport de 2003 sur l’exploitation illégale des ressources naturelles en RDC, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a identifié une centaine d’entreprises fautives, dont certaines sont canadiennes, belges, allemandes, israéliennes, suisses, anglaises ou encore hollandaises.
Les minerais les plus prisés sont l’or, le diamant, le tantale (coltan), l’étain et le tungstène (qu’ont retrouve principalement à l’est de la RDC). Un fois extraits, les minerais entrent dans une chaine d’approvisionnement qui s’étend dans le monde entier. Ils sortent généralement de manière illégale du pays et sont vendus dans des fondus en Asie et en Europe. Après avoir été fondus et traités, les minerais sont transformés et utilisés dans l’assemblage d’une grande variété de produits : appareils électroniques, équipements médicaux ou d’aéronautiques.
